Umialtak
Les aventures d'une famille en voilier
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LA TRAVERSÉE DE L'ATLANTIQUE DU CAP-VERT (MINDELO) À L'ILE DE GRENADE (MARINA WHISPER COVE)

DU 28 NOVEMBRE AU 15 DÉCEMBRE 2011


VOICI LES STATISTIQUES OFFICIELLE CONCERNANT LA TRAVERSÉE:

17 jours et 8 heures en mer (416 heures)

3 jours de pétole

2200 miles marins

Vitesse moyenne de 5.28 noeuds

101 heures de moteur

1 dorade pêchée

2 leurres perdus


Comme une traversée ne se décrit pas dans le genre Journal de bord, nous avons opté pour que chaque membre d'équipage écrive fasse un texte décrivant son expérience de cette deuxième traversée de l'océan Atlantique.

Voici donc le premier des quatre textes, celui du capitaine:

MA 2e TRAVERSÉE DE L’ATLANTIQUE - PAR FRANÇOIS, LE CAPITAINE

CAP-VERT À GRENADE

Comment résumer ma traversée ? Je dis MA traversée car chaque membre vit SA traversée. 

La mienne a débutée difficilement. Malgré plus de 4 000 miles au compteur avant le départ, c’est le corps à l’envers que je vivrai les sept premiers jours. Fatigué physiquement et psychologiquement, c’est difficile de faire face à l’océan.

Je vous entends dire: 

Fatigué ?! 

Il exagère ! 

Après 5 mois de vacances sur un voilier, on ne peut pas être fatigué ! 

Eh oui ! Etre capitaine d’un voilier durant cinq mois, c’est fatiguant. Dans quelques heures, à notre arrivée à Grenade, nous aurons parcouru plus de 6 750 miles marins soit plus de 12 000 km en mer ! 

N’oubliez pas que nous avançons habituellement à une vitesse de 10 km/h !

12 000 km pendant lesquels le capitaine est RESPONSABLE. Responsable de la sécurité de son équipage et de celle du bateau. Il faut voir à l’entretien constant du navire sans quoi nous risquons la panne ou même la catastrophe. C’est bien plus préoccupant que d’être passager. Il faut anticiper les pannes, l’usure et autres pour être en mesure de détecter les problèmes éventuels et les solutions qui s’appliquent. Il faut constamment observer l’équipement, les sons bizarres, les odeurs...

Il y a toujours des solutions me direz-vous...

Oui, mais en pleine mer à plus de 1 000 miles de la terre, il est impossible d’avoir des pièces de rechange en cas de panne. Donc, vaut mieux ne pas avoir de panne. Il faut donc ménager notre monture. Ménager la monture mais avancer ! Un demi-noeud ou un noeud de vitesse, cela a un impact important sur 17 jours à naviguer.

Le capitaine doit aussi se préoccuper de son équipage. Veillez à ce que celui-ci soit confortable et heureux. 

Avant tout, j’aimerais remercier mon équipage. Un super équipage.

Charlot qui était le plus assidu lors des quarts de surveillance et qui est notre transporteur officiel entre le carré et le cockpit. Mes lunettes soleil Charlot, peux-tu amener les ustensiles ? Irais-tu chercher mon chandail ? Il est toujours disponible.

François-Xavier est un matelot remarquable. Je ne dis pas cela parce que c’est mon garçon mais bien parce qu’il est un équipier de grande qualité. Il peut s’occuper de tangonner le génois, hisser la grand-voile, m’assister dans l’entretien et cuisiner ! Il anticipe, il surveille et trouve des solutions par lui-même avant de les faire valider par le capitaine. Il est toujours de bonne humeur et d’un calme parfois désemparant.

Josiane est une amirale en or. Elle a su préparer nos repas et faire la vaisselle dans des conditions souvent difficiles. Des conditions où j’étais incapable d’entrer dans le carré sauf pour dormir la nuit. Son optimisme a su nous garder dans le coup malgré les déceptions qu’Éole nous réservait. Je suis bien heureux qu’elle ne soit pas seulement une équipière de passage ! 

Lorsque l’on parle d’équipage, on parle d’équipe et nous formions un sacré bon quatuor !

Un équipage familial c’est bien mais ça amène parfois des tensions. Pour les jeunes, la ligne n’existe pas entre le père et le capitaine. Il est parfois difficile de se faire obéir comme père. Trop de proximité enlève de l’autorité.

Le voyage c’est bien mais les jeunes ont aussi des obligations scolaires. 

Ça, c’est parfois ardu à faire comprendre au plus jeune matelot. Il faut demander, redemander, parler fort, se fâcher noir et menacer...mais parfois capituler car la planche de bois au bout du pont, ce n’est pas une option...! Il fait à sa tête de toute façon.

Parfois, ils sont parfaits et accomplissent leurs responsabilités. 

Alors là, c’est le bonheur ! 

Toutes ces préoccupations psychologiques se combinent à la fatigue physique reliée à la navigation. Nous avons opté pour la visite de l’Afrique (le Sénégal, la Casamance et le Cap-Vert) mais nous savions d’avance que nous en paierions le prix. 

Le prix d’une grande fatigue physique. 

Plus de quarante degrés celcius à l’ombre, ça use son homme. 

Plus de 1 500 kilomètres de route africaine, ça use. 

Etre incapable de dormir car même lorsque couché tu sues à grosses gouttes, ça use.

Toujours avoir une oreille à l’affût car un drame violent s’est déroulé exactement où le voilier est mouillé (Le président du Cercle de la voile de Dakar a été assassiné et sa femme violée dans son bateau, il y a deux ans) ça préoccupe...

Se lever la nuit pour observer à l’extérieur car nos voisins ont été visités par des voleurs durant la nuit, ça fatigue son homme.

Mais pourquoi y aller alors ?

Parce que c’est bien de vivre l’inconfort, la zone où l’on n’est plus dans nos pantoufles au bord du feu. Pour vivre...autre chose et peut-être mieux apprécier ce que nous avons au Québec. Pour comprendre notre chance. Pour que les jeunes apprécient un peu plus leur situation. Pour découvrir toutes les beautés de ces destinations. Les avantages sont beaucoup plus nombreux que les inconvénients.

Revenons donc à cette traversée. J’en ai parlé avec plusieurs personnes pendant quatre ans:

Ce sera une belle traversée ! 

Une longue traversée...presque un mois ! 

Nous allons partir d’Afrique et arriver en Amérique ! 

C’est plus de 2 200 miles ! 

De 16 à 22 jours en mer !

Ce sera un défi, tout un défi !

Eh bien oui, c’est tout un défi. Lorsque j’évoquais une vingtaine de jours en mer, je ne savais pas ce que c’était. Je ne pensais pas que c’était aussi long. 

Oui, même après notre première traversée de 12 jours, je ne réalisais pas ce que cela serait. C’était un concept théorique, une vision. En pratique, c’est autre chose.

En navigation, je vivais dans le cockpit. Toute mes journées dans le cockpit. 

Connaissez-vous la grandeur d’un cockpit ? 

Deux mètres par trois mètres. 

Souvent, nous y étions deux ou trois personnes parfois quatre.

C’est confortable le cockpit. Nous sommes protégés du soleil et du vent.

Mais ce n’est pas grand.

Mon autre lieu, durant la nuit, c’était le lit de quart dans le carré. 

Pour moi, sensible au mal de mer, ce fut plus particulièrement difficile. J’ai passé les sept premiers jours vissé dans le banc du cockpit à regarder la mer. 

C’est beau la mer mais j’aurais aimé lire, écouter un film ou écrire mais c’était impossible. Les journées sont longues...lorsqu’elles commencent à quatre du matin à regarder la mer..

Mais au départ, nous étions bénis des Dieux, nous avions du VENT ! 

C’est tout ce que je demandais du vent. Car un voilier, ça avance à la voile !

À l’exception de notre première nuit en mer où nous avons connu une panne de vent, les onze premiers jours nous ont comblés par des vents de 15 à 22 noeuds.

Grand largue et vent arrière en grande majorité mais nous avancions.

Ça brassait mais ça avançait ! Seul le génois tangonné nous propulsait.

6 à 7 noeuds de vitesse constante pour un voilier comme Umialtak, c’est le paradis.

Je croyais bien être tombé dans une fontaine intarissable de vent...!

Comme je n’avais rien à faire, je dormais. Et dormir, il n’y a rien de mieux pour la fatigue autant physique que psychologique. Après sept jours à avoir le coeur au bord des lèvres, j’ai finalement repris le dessus.  Et c’est ainsi que le 8e jour, j’étais de nouveau plus heureux et plus en forme. J’appréciais maintenant mon séjour en mer.

Le vent que je croyais éternel est tombé une première fois. Un dur coup pour le moral. Faire du moteur au milieu de l’Atlantique, ça semble bien inutile. Mais ça permet d’avancer vers la lointaine destination et surtout de réduire les mouvements du voilier...pour ne pas reprendre le mal de mer.

Après 30 heures, le vent reprend ! Merci Éole ! Merci !

Nous pouvons éteindre le vilain teuf teuf au diesel !

Nous reprenons la route sous voiles. Nous commençons maintenant à compter les jours car avant le temps était suspendu. Il n’existait plus. Seul le cycle jour/nuit existait.

Le vent est moins puissant qu’au début mais nous avançons à voile, c’est le principal.

En mer, nous recevons les cartes météo à chaque jour et cela nous indique ce qui nous attend. Pour nos derniers quatre jours, c’est positif ! Nous connaitrons une petite panne à la toute toute fin mais nous sommes bons pour encore deux jours de vent.

Le lendemain, le vent ne tient pas ses promesses et nous laisse tomber. 

À plus de 275 miles de l’arrivée, il n’y a plus de vent ! 

Et cela sera comme ça jusqu’à la fin !

Les questions se bousculent:

Combien de miles nous restent-ils exactement ?

Combien d’heures cela représente-t-il ?

Avons-nous assez de diesel ?

Le moteur acceptera-t-il de fonctionner pendant plus de 55 heures d’affilées ???

Pour moi, ce fut très dur de réaliser que nous finirions cette traversée au moteur.

Dur comme un coup de poing dans le ventre après un sprint à la course...ça coupe le souffle et ça casse le moral.

Après réflexion, que pouvons-nous y faire ?

Le vent n’est pas là.

Il y bien pire dans la vie.

Pensons à l’Afrique et à ses réalités.

Pensons à certaines personnes et à leur situation.

Pensons aux tempêtes que nous aurions pu rencontrées.

Pensons que nous sommes en vacances et qu’un ou deux jours de plus ça ne fait pas de différence.

Pensons aux autres et cessons de nous regarder le nombril.

C’est ainsi que nous finirons la traversée, à moteur.

Il est fiable, nous avons amplement de diesel, il le fera !

Allez Ricky Perkins, mène-nous à Grenade !

Il ne reste que 250 miles, 200, 150, moins de 100 miles !

Bientôt, nous verrons terre ! Le champagne est au froid. 

Et à partir de là, la magie opèrera. 

Doucement, j’oublierai les aspects négatifs de ma traversée pour seulement me rappeler des bons moments:

Nos discussions entre gars de char,

La description de nos projets futurs,

Les bons repas partagés ensemble,

L’avenir des garçons et leurs projets,

Les moments d’émotion avec la pêche,

Le temps de qualité passé ensemble,

Le travail d’équipe pour mener le bateau à bon port,

Les courriels des parents et amis qui nous encouragent,

L’amour qui nous entoure,

Le sentiment de vivre quelque chose de réellement exceptionnel...

Oui, je me rappellerai de cette traversée comme un DÉFI. 

Nous pourrons dire que nous avons relever le défi.

Un défi, c’est souvent difficile.

Un défi, ça demande d’aller puiser à l’intérieur de soi-même.

Un défi, ça fait apprendre sur soi et sur les autres.

J’ai toujours été un gars de défi. Un gars de mission difficile. Un gars performant.

En mer, la performance, c’est autre chose.

La mer impose ses règles et donne le rythme. Elle contrôle la plupart des paramètres.

Je sais que cette traversée m’a permis de réfléchir et m’a fait évoluer et c’est exactement pour cela que je voulais relever le défi !

Ne vous trompez pas, même en sachant combien c’est difficile, je referais exactement les mêmes choix aujourd’hui

Deux traversées de l’Atlantique en six mois, l’Afrique et toutes les autres destinations. 

Je savais que cela serait difficile mais ce sont des moments difficiles que l’on se rappellent dans la vie...et non pas des soirées en pantoufles devant le téléviseur. 

Et cette traversée de l’Atlantique en famille, je m’en rappellerai jusqu’à mon dernier souffle. Je crois que le sentiment d’accomplissement, c’est ça.


François

Jeudi 15 décembre 2011

En mer, à proximité de Grenade
 
TEXTE DE JOSIANE
Vivre une transat!

Par Josiane Beauvilliers

Nous préparons ce voyage depuis quelques années. Chaque fois qu’on expliquait l’itinéraire prévu, nous disions: Ensuite nous partirons du Cap-Vert pour traverser l’Atlantique vers les Antilles. Ce sera la plus longue navigation de 20 à 25 jours.

Juste à l’évoquer ça semblait bien long et effrayant mais c’était surtout relativement abstrait.

Vivre une transat, c’est concret! C’est vrai que c’est long, 17 jours en mer, mais pas terrible finalement.

Et maintenant que nous allons bientôt toucher terre, je trouve même que cela a passé vite. J’entends les autres membres de l’équipage crier quand je dis cela, ils ne sont pas d’accord avec moi.

Étant responsable de nourrir l’équipage, la planification des repas et de l’avitaillement a été faite soigneusement. La veille du départ, j’ai préparé plusieurs repas et des desserts  pour ne pas avoir à rester trop longtemps à l’intérieur au début.

Il faut quelques jours pour s’amariner. Pour François, ce sera plus long, sept jours pendant lesquels il évite de rentrer à l’intérieur et il ne peut pas lire. Il trouve qu’il a soudainement beaucoup trop de temps à sa disposition... Dans ce contexte, difficile de réaliser que c’est un privilège et même un luxe. Du temps. Qui peut se vanter d’avoir du temps en décembre? Du temps pour lire, pour discuter ou jouer avec ses enfants, du temps pour regarder l’océan. Il ne semble pas le réaliser. J’essaie de l’encourager et de lui remonter le moral.

Pour moi, les journées passent relativement vite puisque je suis occupée. Je prépare les repas, fait la vaisselle, envoie notre position, écrit les messages aux parents et à Nycole du Réseau du capitaine. Je lis beaucoup (parfois un livre de 400 pages par jour- et nuit), aide les garçons avec les travaux scolaires, fait la sieste bref les journées et les nuits se suivent sans avoir l’impression de s’étirer.

Un rythme s’installe sur le bateau. Chacun vaque à ses occupations: lecture, travaux scolaires ou contemplation. Parfois, nous sommes les quatre assis dans le cockpit ou bien installés dans le bateau, en silence, pendant des heures. J’affectionne ces moments...je sens que les liens sont tissés serrés. Nous sommes là, ensemble, les mots sont inutiles. Certains diront: pas le choix d’être là, on ne peut pas aller bien loin. C’est vrai mais ce sont tout de même de moments précieux.

Les moments des repas, surtout le soir, sont d’autres temps où nous avons l’occasion de discuter de tout et de rien.  Ma banque de moments précieux passés avec mes enfants est bien remplie. Pourrais-je la débiter quand nous serons retournés au travail et à l’école et que j’aurai l’impression d’encore manquer de temps ?

Certaines journées, les tensions sont plus vives. Le manque de sommeil, la proximité tant recherchée est parfois pesante, les conditions de navigation nous rendent impatients et intolérants.

Des situations banales peuvent parfois dégénérer assez rapidement entre les frères, entre un parent et un fils et même entre les parents. Une petite étincelle peut provoquer des cris, des larmes  et même des coups. Dans d’autres circonstances, cette même étincelle serait passée inaperçue sans provoquer de crise.

La corvée (avec Charles-Antoine, c’est vraiment une corvée) des travaux scolaires empoisonne certaines journées. Les mots et les arguments me manquent pour motiver Charlot et l’inciter à être plus autonome. Heureusement, il lit beaucoup. Il finit par faire les exercices demandés mais toujours au prix de grandes discussions, d’argumentations et même de menaces. C’est épuisant et décourageant! J’espère que ce sera plus facile dans les Antilles...

François-Xavier est d’une aide précieuse quand il le veut.  Il s’est bien amariné et n’hésite pas à donner un coup de main pour la préparation des repas. Il fera de délicieux pains et une excellente pizza sans oublier les petites bouchées à Anne-So. Je dis toujours: Tu es bon à marier! Côté études, il est très autonome et sérieux.

Mais, avis aux intéressées qui le pensent bon à marier, il a quelques défauts.

Il sait aussi comment faire crier son frère, fâcher son père et exaspérer sa mère. Il est très compétent au niveau des manoeuvres et n’hésite pas à le dire aux autres équipiers ponctuant le tout de quelques insultes quand ce n’est pas exécuté à son goût. Mais de qui retient-il ce perfectionnisme?

Vivre une transat, c’est apprendre à se connaître et à mieux connaître nos proches. Nous vivons pendant ces 17 jours en mer en autarcie complète. Nous avons le sentiment  d’être seul au monde, qu’il n’existe que notre cellule familiale microcosmique. Notre contact avec le Réseau du capitaine et les courriels des parents et amis nous permettent de garder un lien avec le monde extérieur.

Voici, en résumé, comment se passent les journées en mer:

Entre 8 h et 9 h: François est de quart, réveil de Charlot

9 h: Réveil de Josiane, envoi de notre position et d’un message courriel  à Nycole du réseau du capitaine, petit déjeuner

10 h: Contact radio avec le réseau du capitaine et réveil de FX

11 h: Sieste pour le capitaine ou Josiane, lecture. Les gars lisent ou jouent avec le iPod. Au besoin, manoeuvres de voile

12 h : Dîner

13 h à 15 h: Lecture, travaux scolaires ou contemplation de l’océan

15 h: douche dans le cockpit (aux 2 ou 3 jours).

15 h 30 à 17 h: sieste Josiane

16h30 : envoie du courriel aux parents

17 h: Journal de bord et on note la position sur la carte. Préparatifs du souper

18 h : Souper

18 h 30: Vaisselle

19 h 30: Préparatifs pour la nuit. François se couche dans le lit de quart.

20 h: Début du quart de Charlot. FX et Josiane s’installent dans le cockpit.

22 h: Fin du quart de Charlot, il va se coucher dans sa cabine et début du quart de FX

            Josiane fait la sieste dans le cockpit. FX lit, écoute un film.

01 h: Fin du quart de FX et début du quart de Josiane. FX va se coucher dans sa cabine.

04 h: Fin du quart de Josiane et début du quart de François...jusqu’au lever du soleil et de l’équipage entre 8 h et 9 h. Josiane va se coucher dans le lit de quart.

Et rebelote pendant 17 jours avec quelques nuances!

Vivre une transat en famille, c’est vivre une expérience extraordinaire. Cette transat, ainsi que tout ce voyage, restera à jamais un souvenir marquant gravé dans ma mémoire et dans mon coeur.  Un souvenir précieux qui n’appartient qu’à mes fils, mon mari et moi.

Vivre une transat, c’est aussi vivre une gamme de sentiments mitigés. J’ai vécu des moments stressants, désagréables mais aussi des moments apaisants et sereins. J’avais hâte d’arriver à destination mais j’étais aussi triste que cette belle aventure se termine.

Vivre une transat, c’est une remarquable réalisation! Je ressens un réel sentiment d’accomplissement car je sais avoir repoussé un peu mes limites et avoir vécu dans ma zone d’inconfort!
 
Josiane
 
TEXTE DE FRANÇOIS-XAVIER
 

Une traversée de l’Atlantique, 4000 km à 10 km/h en quelques mots.

Par François-Xavier Dulude

Pour moi, la deuxième traversée allait être une étape très importante dans notre voyage. 

Six mois avant lorsque que nous commencions la première traversée je doutais vraiment en mes capacités. J’ai vécu cinq jours à ne pas manger, ne pas bouger à cause du manque d’énergie. On se remet en question, comment vais-je faire pour descendre la côte de l'Afrique pour ensuite faire une traversée de 20 jours ? Heureusement après cinq jours, lors de notre arrivée dans le Gulf Stream, j’ai retrouvé peu à peu le moral et ne pensais plus sérieusement sauter par-dessus bord. Mais dans ma tête l’étape de 17 à 22 jours en mer était encore loin.

Peu à peu lors de la descente vers l’Afrique, je commençais à m’habituer à rester longtemps en mer et à apprivoiser l’autre traversée. À discuter avec d’autres personnes qui avaient déjà traversé ou déjà fait un tour du monde, ils m’assuraient que la plus facile était celle que nous allions faire. J’était près psychologiquement, restait à voir comment ça allait se passer physiquement.

Le jour de notre départ, j’étais prêt à partir, j’avais presque hâte car je savais ce qui m’attendait de l’autre coté. À mon grand étonnement, lorsque nous sommes partis, les voiles montées et sur le bon cap, je n’avais aucun problème à entrer à l’intérieur, lire et même cuisiner. J’avais passé par-dessus l’étape de s’amariner.

Au fur et à mesure que les jours s’écoulaient, j’avais presque l’impression que ça passait vite sauf la nuit pendant mon quart jusqu’à 1 h du matin, ça passait tellement lentement. Le temps est tellement long l’après midi ou pendant mon quart donc je lis, une chose que je fais jamais en ville. En traversée, je peux lire un livre par jour. Au moins cela fait passer le temps mais pas aussi vite que l’on pourrait le croire. C’est vraiment difficile de faire passer le temps sur un voilier dans le milieu de nul part: pas d’internet ou de télévision, seulement un livre ou le iPod avec des films pour lesquels on connait déjà toute les répliques par coeur.

Être en traversée, c’est un drôle de sentiment, on est bien, on a hâte d’arriver, mais l’arrivée semble tellement loin. Au fur et à mesure que nous avançons les miles passent sur l’odomètre et  les way points sur le lecteur de cartes diminuent jusqu’à celui de l’entrée de la baie pour Whisper Cove Marina.

Une traversée de l’Atlantique c’est un défi que je suis très heureux d’avoir accompli même si certains jours, je doutais d’en être capable.

François-Xavier
 
TEXTE DE CHARLES-ANTOINE
 

Ma traversée Atlantique en quelques mots

Par Charles-Antoine Dulude

Je serais beaucoup mieux chez moi aux côtés de ma chienne. Je pourrais voir mes amis et dormir dans un lit qui ne bouge pas avec des draps propres.

La bouffe était pas très bonne: de la salade de pois chiches quatre fois par semaine.

Mes parents et mon frère m’énervent vraiment. Mon frère fait exprès pour me faire fâcher. Il met ses mains dans ma face pour me faire réagir.

Il me fait souvent mal parce qu’il est plus fort que moi. Dans quelques années, je prendrai ma revanche et ça fera mal, il est comme ça même à terre.

Mon père se fâche quand j’ai pas le goût de faire mes devoirs et ma mère m’oblige à les faire. Ma mère aussi se fâche souvent après moi.

Je suis très content d’être arrivé à terre même si on n’a pas encore bu le champagne. Et aller faire de la beach, de l’apnée et se baigner.

J’ai adoré voir un requin de mes propres yeux, c’est une bête magnifique. Il a essayé de manger le poisson qui a essayé de manger mon leurre.

Il avait une magnifique nageoire dorsale bleue. Mon frère dit qu’il mesurait environ dix pieds de long. Je n’aimerais pas être en annexe car c’est aussi gros que l’annexe.

J’ai lu dans un livre que les requins avaient trois rangées de dents énormes.

J’ai aussi vu beaucoup de poissons volants. C’est en traversée qu’on a ramassé nos premiers sur le bateau. Parfois, il vole très haut ou très bas. On dirait des oiseaux quand ils volent mais ce sont des poissons volants.

Je peux vous dire que j’avais très hâte d’arriver à terre après dix-huit jours en mer. J’étais pas le seul, mon père était tanné de la navigation. Mon frère avait hâte de débarquer et ma mère avait le goût de faire de la plage.

Charlot